Au cours de la renaissance carolingienne impulsée par Leidrade, se tisse le réseau paroissial avec probablement une première chapelle vouée à la Vierge et dont le culte grandit : Notre-Dame des Bruyères (dont une rue des bords de Saône rappelle le nom). Une donation atteste la présence de l’Eglise de Lyon dans la «villa» d’Albigny en 980. Au début du XIIème siècle, elle rachète la viguerie (revenus liés à l’exercice d’une justice). Dans le même temps, le sénéchal D.Morel fait (re)construire le château, doté d’une chapelle puis d’une enceinte au siècle suivant, pour englober plusieurs îlots de maisons.



Château

L’an 1312 signe le rattachement du Lyonnais au Royaume et précède de peu la guerre de Cent Ans durant laquelle H. d’Albon* défend efficacement la forteresse contre les Tards Venus (mercenaires). Dans ces périodes troubles, les marchands-pêcheurs trouvent refuge au quartier de la Pêcherie. La Saône avec ses viviers, ses bateaux-moulins, fait alors l’objet d’une utilisation intensive et Villevert, son précieux pôle économique équipé d’une halle et de fossés, obtient dès 1336 (avant Anse et Genay mais quinze ans après Lyon) la première charte de franchises. Dans le secteur de Moletant, couronné de bois, se développe l’exploitation des carrières concédées dès 1360 sur Couzon, où règnent ces hommes «à haute stature et barbe plantureuse» parlant un franco-provençal si doux à l’oreille de Josse...



Une quarantaine d’habitations se pressent autour du château et à ses pieds tandis que les cultures, d’après un terrier du XVème siècle, se répartissent entre froment, avoine, seigle et vin.



Château

A l’aube des temps modernes, le 9 mai 1500, la Saône fut si grosse qu’entre Albigny et Vimy, un bâteau se perdit, engloutissant 99 personnes (tragique fait divers consigné par B. Maillard dans sa «Chronique»). La proximité de la rivière favorise néanmoins l’établissement des grandes demeures bourgeoises, comme celle que fait orner de fresques éclatantes le négociant T. de Boze*. Les chanoines-comtes de Saint-Jean exercent leur droit de ban sur un vignoble quasi domanial faisant vivre une foule de petits exploitants (2 hectares en moyenne) confrontés à une élite de grandes propriétés. Sous l’Ancien Régime, vie communale et paroissiale ne font qu’un. Le curé enregistre l’état civil et la dîme, anime les confréries (associations d’entraide)... En 1657, à l’occasion d’une visite paroissiale de l’église Saint Blaise, il est dit que «depuis que les habitants se sont établis dans la plaine, la côte est jugée trop rude… L’on se rend plus volontiers à celle de Notre-Dame…».



Annonciateur de la tourmente révolutionnaire, le problème de la gestion des impôts devient crucial, entraînant un procès-fleuve. Chaque paroisse est imposée selon une somme globale, ensuite répartie en fonction des déclarations foncières, ce qui donne lieu à des incohérences, sources de multiples protestations de la part des habitants (notamment ceux de Villevert). Dans cette petite communauté agricole et fluviale (65 exploitants dont 48 propriétaires) dépourvue de boucher et de boulanger mais comptant une quinzaine de mariniers et 6 pêcheurs, la population albignolaise s’est stabilisée à environ 475 personnes, gravitant autour de la place du Plâtre et de son four banal.



*Albon (famille d’), nombreuse et illustre dynastie lyonnaise qui serait originaire de la Drôme et dont l’appellatif dérive, selon les linguistes, de la déesse gauloise Epona, protectrice des chevaux et des voyageurs. André, citoyen de Lyon, acquiert la seigneurie de Curis vers 1270. Humbert défend Albigny pendant la guerre de Cent Ans. En 1628, le chanoine-comte Guillaume fait refaire le toit du château tandis que Claude en 1675 ne semble plus y résider...
*Boze (famille de), originaire du Vivarais, Thomas sans descendance lègue à son neveu Claude Gros sa charge de Trésorier, lequel devient en 1715 membre de l’Académie Française, puis Conservateur du Cabinet des Antiques.