HISTOIRE DE CHASSELAY, au pied des monts,

un bourg médiéval de tradition agricole

Chasselay, la plus vaste des communes du massif, se partage en deux territoires à la fois distincts et complémentaires. Il y a d'abord le vieux socle de granite et de gneiss, supportant les grès du Trias, dont on exploitait le gore et les filons de plomb argentifère. C'est le domaine de la vigne et des vergers qui prospèrent sur le sol sablonneux des coteaux.

Au-dessus, les bois épais laissent couler cinq ruisseaux vers l'Azergues et vers la Saône.
Dans la plaine se mélangent sables, loess et alluvions modernes donnant prairies et bonnes terres labourables. Priorité fut donc donnée à l'agriculture et non aux carrières comme partout ailleurs...

C'est là aussi que se vérifie le mieux cette «inversion du paysage» constatée par l'historien George Duby dès le Moyen Age, soit le glissement de l'occupation humaine des sommets vers les vallons... Ainsi à Châteauvieux, dont le toponyme est significatif, il resterait bien une motte castrale aux terrassements encore spectaculaires. A Montmain également, d'imposants blocs de grès dessinent un tertre sur la croupe d'une colline.

Au Xème siècle, selon le petit cartulaire de l'abbaye d'Ainay, Chasselay n'est qu'une villa (un centre domanial), avec des manses (fermes ou mas), des vignes, vergers, terres labourables, bois et saulaies.

Au XIIème siècle, elle constitue une paroisse avec son église Saint-Martin, dont les revenus relèvent à l'origine de l'abbaye d'Ainay, mais aussi une seigneurie détenue par l'archevêque Renaud de Forez. Ce dernier fait alors ériger un fort (désignant jusqu'au XIXème siècle le bourg fortifié), troisième maillon (après les forteresses d'Anse et de Pierre-Scize) de la défense contre les sires de Beaujeu, pour contrôler Lyon et la plaine des Chères.

En 1310, les bourgeois lyonnais, forts du soutien intéressé de Philippe Le Bel, se rebellent contre l'archevêque Pierre de Savoie ayant trouvé refuge à Chasselay. C'est ainsi que le roi envoie son fils Louis Le Hutin assiéger et démanteler le castrum (bourg fortifié).

En 1358, l'Eglise obtient du Dauphin l'autorisation de relever les fortifications, mais c'est à l'archevêque A. de Talaru au XVème siècle qu'il appartient d'avoir fait «clore de murailles la ville de Chasselay», devant l'imminence de la guerre bourguignonne gagnant la région.
Le bourg a conservé sa structure médiévale et les vestiges des murs, d'après l'archéologue M.P Feuillet, permettent d'imaginer une enceinte d'une dizaine de mètres de haut, entourée de fossés et percée de deux portes. Celle du Pesselin est protégée et précédée d'un ravelin (ouvrage bas à l'angle de la courtine, en fer à cheval).

De belles maisons témoignent encore de l'opulence de cette «petite villette au pied du mont
Verdun (...) en bon pais à blez et vins», que décrit N. de Nicolay et pour laquelle François Ier avait institué en 1537 un marché hebdomadaire et quatre foires annuelles. Le seigneur de l'époque, Bertrand de Polverel, achète alors le fief de Bellescize. L'Eglise, taxée par la royauté, lui vend la baronnie de Chasselay, léguée à sa fille Isabeau qui épouse le seigneur du Plantin. Formant une couronne à l'Ouest, les anciens fiefs de Montluzin, Plantin, Bellescize et Machy, constituent de grands domaines agricoles, qui font écho aux grosses demeures élevées par les bourgeois lyonnais. Dès 1388 (date à laquelle le livre du Vaillant répertorie une dizaine de tenanciers pour établir la taille lyonnaise), se dessine une forte appropriation bourgeoise du sol, qui s'accentue tout particulièrement à partir du XVIIème siècle.

A la Révolution, Chasselay devient chef-lieu de canton avant de s'illustrer de façon tragique, en déclenchant, avec sa garde nationale, le massacre de Poleymieux... Si en 1811, le préfet de Bondy déplore encore des chemins «impraticables pour les voitures et dangereux pour les piétons», les fosses se comblent bientôt, agrémentés d'un vaste promenoir et de belles fontaines-lavoirs. Devenue «ville ouverte», Chasselay voit grossir ses hameaux comme des faubourgs (1320 habitants en 1856) et affiche sa prospérité à travers le célèbre Dodat, «le charcutier millionnaire» parti à Paris construire un luxueux passage...

En 1940, l'importance stratégique des Monts d'Or est de nouveau illustrée par le sacrifice des tirailleurs sénégalais, qui reposent aujourd'hui dans un étonnant cimetière. Dès les années 60 s'amorce un déclin démographique, dû à l'exode rural, enrayé en 1975 par la mutation de la campagne en banlieue résidentielle. Les lotissements fleurissent à l'emplacement des anciens domaines, mais les cultures fruitières et maraîchères, notamment celle du maïs, résistent encore (une quarantaine d'exploitations) et une zone artisanale est aménagée à Crouloup. Porte du Pesselin