La Saône, véritable «autoroute» nord-sud, fait longtemps office de frontière entre Royaume et Empire et la confrérie de Saint-Nicolas, celle des mariniers, conservera longtemps cette désignation des deux rives par Yaume et Pire. Le chanoine concède aux marchands-pêcheurs le droit de pêche des lamproies de la benne (clôture de pieux). Quand vient le temps des troubles et de la peste aux XIVème et XVème siècles, ceux-ci se réfugient en ville au quartier de la Pêcherie tandis que les bourgeois lyonnais, fascinés par le modèle aristocratique, rachètent leurs terres aux nobles et paysans ruinés. Une auréole de grands domaines se dessine, dont le plus prestigieux, celui de la Guerrière , est demeuré intact.
Du XVIème siècle à la Révolution, la seigneurie, passée sous tutelle royale, assure la police des chemins et la justice grâce à ses officiers. A comparer les résultats de deux enquêtes (en I697 et I788), on remarque que la population, passée de 800 à 1000 habitants, se plaint toujours des brouillards, des débordements des rivières, de l’absence de manufactures, de moulins et de pâturages, mais surtout des taxes seigneuriales trop lourdes, dont nobles et bourgeois sont exempts. Dans ce contexte, la convocation des Etats généraux déclenche un grand espoir. A Neufville, les Couzonnais brûlent les titres féodaux en criant «vive la république, vive la liberté», puis viennent abattre les tours de leur château.
Les destructions opérées par le Siège de Lyon réactivent l’exploitation des carrières dont les déchets permettent peu à peu de rattacher au rivage les îles qui jalonnaient la Saône. Le bourg se décentralise et se densifie, entraînant notamment la construction d’un pont en fer. Témoins de cette fièvre de progrès qui saisit l’époque de la révolution industrielle et de l’autonomie nouvelle des municipalités, chemins et lavoirs deviennent des équipements prioritaires. Le beau lavoir de la rue Rochon réaménagé en 1810, reste le plus ancien et le seul conservé.

En 1861, surmontant la tranchée du chemin de fer, balafre irrémédiable, la vieille église Saint-Maurice se voit dotée d’une vaste nef, chef-d’oeuvre de style romano-byzantin. Aujourd’hui, pour compenser la fermeture des carrières et la ruine du vignoble, Couzon a développé sa vocation fluviale, en réactualisant son écluse et en laissant l’industrie investir la rive nord, alors que la vague résidentielle grignote les pentes...