
Précieux vestige de la civilisation antique qui faisait de l’adduction d’eau une pièce maîtresse de son urbanisme, l’aqueduc , d’ordinaire si discret, laisse à découvert son canal, dépourvu de son toit de lauzes, sur une cinquantaine de mètres. «N’est bourgeois de Lyon qui n’ait une vigne à Couzon», serinait un dicton. Depuis l’Antiquité, chaque Lyonnais peut vendre le vin de son domaine à sa porte, privilège réitéré en 1320 avec une dispense d’octroi. La vigne, autre legs des Romains avec l’enseignement de la taille des pierres, permet, sur une surface réduite, de faire vivre toute une famille. Elle prospère sur les débris de calcaire, résidus de la taille, disposés en terrasses bien abritées.
C’est probablement pour ne pas entraver sa culture, qu’ont été bâties ces énigmatiques galeries de pierre, les tunnels, plus nombreux que partout ailleurs. Ils racontent l’énergie légendaire des Couzonnais qui se contentaient de chars et de chemins archaïques. Pour faciliter le transport des pierres, l’architecte Morand* avait imaginé à Moletant (lieu-dit exploité comme carrière dès le XIVème siècle, selon le terrier, livre de rente foncière, rédigé pour les chanoines en 1758) un canal rejoignant la Saône, demeuré à l’état de projet.

Tout ce système de murs de soutènement ourlés de murets, desservi par des escaliers dits de vignerons, traduit cette quête effrénée de terres cultivables qui atteint son apogée au XIXème siècle.
Aujourd’hui, seuls les sommets cachent encore sous leurs friches cette résille de pierre, ponctuée çà et là de cabornes, comme celle située près de Saut de Roche. A Pelocey, aux Torrelles, aux Tailles, une quinzaine de ces petites cabanes en pierre à l’usage des carriers, des bergers, des vignerons, est encore debout, fragile et inestimable patrimoine.