
L’histoire de Curis-au-Mont-d’Or, dont l’étymologie demeure controversée, débute par la découverte d’os de mammouths exhumés de la Gorge d’Enfer. «Ce sont les plus vieux Curissois connus» (-14 000 ans), écrit G.Pérouse, enfant et historien du pays. Des silex du Paléolithique et des hachettes de pierre polie témoignent d’une occupation préhistorique du fertile plateau des Avoraux. C’est ici que furent découverts en 1862, relate Falsan, de nombreux tombeaux gallo-romains, une tête casquée en marbre ainsi que la base d’une puissante colonne antique, souvenir d’un édifice conséquent. Si l’on emprunte le chemin du Chabut, on peut croiser le canal de l’aqueduc qui, venu de Poleymieux, apparaît nettement dans le talus, en coupe avec sa voûte de lauzes...
Passées les invasions barbares, l’Eglise de Lyon entreprend de se doter, dès l’époque carolingienne, d’un gigantesque patrimoine qu’elle agrandit au détriment de la noblesse locale. Aussi, le dénombrement de ses possessions (daté de 994 mais fortement remanié à la fin du XIIème siècle) mentionne-t-il une église , la vénérable église Saint-Claude, reconvertie au XIXème siècle en habitation.


C’est alors qu’émerge le château , érigé au cœur d’une châtellenie foncière. Dépendant de celui de Saint-Germain, le comte y reçoit les hommages de ses vassaux détenant un fief, contre une rétribution, l’alleu. Le chevalier G. de Marchamp, co-seigneur de Poleymieux, reconnaît ainsi en 1209 «tenir en fief… toutes ses possessions dans la villa de Curis depuis l’eau (la naissance du Thou) jusqu’à Saint-Germain». En 1213, elles sont cédées à G. de Collonges, chanoine du chapitre Saint-Jean. A la fin du siècle et ce jusqu’au XVIIème siècle, le château et son domaine entrent dans la jouissance d’une des plus illustres familles du Lyonnais, les d’Albon*, considérés par la communauté villageoise comme «d’excellents seigneurs», «rares laïcs en terre d’Eglise», selon Pérouse.
Pour nourrir une population croissante, il faut alors défricher (en témoigne le chemin des Essarts), gérer «en commun» les prés si précieux des bords de Saône (les Condamines), domestiquer et se répartir l’eau, sachant que les premiers moulins, particulièrement onéreux, sont des équipements seigneuriaux. S’esquissent alors trois gros noyaux d’urbanisation : le principal autour de l’ancienne église , sorte de hameau de Saint-Germain, un autre le long de la route d’Albigny à la Trolanderie, un dernier au Pontet. Là sont embarquées les pierres extraites des carrières exploitées par les d’Albon*. Ces dernières sont notamment employées par J. de Beaujeu pour achever la cathédrale, et l’une d’entre elles est louée en 1390 par le consulat lyonnais pour remplacer les arches du pont du Rhône, jusqu’ici en bois...

