Une fois enrayée la terrible peste noire comme l’insécurité provoquée par les routiers de la guerre de Cent Ans, la prospérité revient et les Lyonnais se risquent à investir à la campagne. Le Vaillant de 1388 (livre de la taille payée par les bourgeois) enregistre ainsi, en 1388, 8 tenanciers pour 21 biens, une forte proportion pour ce petit territoire. Des secteurs entiers sont plantés en vignes, comme le «vignoblio de Escleyvon» au-dessus de la ferme de la Gayette , signalé sur un terrier du XVème siècle. Rappelons que les bourgeois lyonnais, détenant en «granges» 17 % du terroir, préféraient ce mode de culture très lucratif car ils avaient le monopole de faire entrer sans taxe leur production en ville.



Chateau de curis

Dès 1594, les premiers registres paroissiaux transcrivent les baptêmes d’une bonne trentaine de famille de laboureurs, paysans-propriétaires à la base de la population curissoise. Le vicaire organise alors la vie paroissiale avec ses fêtes et confréries pieuses tandis que le châtelain, juriste nommé par le seigneur, administre les affaires et délits courants. En 1642, coup de théâtre au château : les d’Albon abandonnent le berceau de la dynastie au profit de nouveaux venus sur la scène lyonnaise, les Neuville de Villeroy*. Camille, abbé d’Ainay, achète la seigneurie de Curis afin de constituer son marquisat de Vimy qu’il rebaptise Neuville. Il la revend trois ans plus tard à L. de la Veuhe, issu d’une famille de marchands foréziens et tenant de son père la charge de trésorier de France (percepteur de la taille), un office (fonction) d’ailleurs exercé par la plupart des seigneurs qui se succèdent au château jusqu’à la Révolution...


Le village, jusqu’ici tourné vers Saint-Germain au Nord, poursuit son développement du côté d’Albigny et de Neuville, nouveau centre d’attraction où Camille Neuville de Villeroy crée plusieurs manufactures. A Curis se développe parallèlement une autre «industrie» villageoise : la prise en nourrice des petits Lyonnais. Une école est ouverte dès 1670, tandis que se fixent ces grosses maisons carrées et régulières, propriétés de bourgeois ou de vignerons aisés, formant sur l’atlas de la rente noble de Saint-Germain, en 1783, le quart du domaine bâti sur une soixantaine d’habitations...



Bâtisse du XVIIème siècle (chemin des Carrières)

En 1789, le bourg devient autonome et l’on y établit un curé puis la première municipalité (1791). Les Curissois soutiennent ensuite les Lyonnais révoltés contre la Convention et J.L. Beuf, le dernier seigneur et maire, est arrêté et fusillé. Lui succède son fils L. Antoine qui, en véritable gentilhomme campagnard, entame ce «règne municipal des notables» qui perdure jusqu’à la seconde guerre mondiale (Pérouse).



nouvelle église





Sous l’Empire, la prospérité revenue, on se soucie de la distribution de l’eau mais surtout de l’amélioration des chemins, péniblement réalisée à coups de subventions. Certains, comme le Chemin profond, ont conservé leur charme rustique... Pour répondre à l’augmentation de la population (passée de 300 habitants en 1785 à 500 en 1820), il faut construire une nouvelle église ainsi qu’une nouvelle place. Puis en 1831, la construction du premier pont de Neuville désenclave la commune, bientôt traversée par le chemin de fer en 1855. Parallèlement, l’extraction de la pierre est réactivée par les grands travaux lyonnais...



Mais, à la fin du siècle, celle-ci cesse peu à peu tandis que le phylloxéra attaque les vignes. Ainsi succombe l’économie traditionnelle et le reboisement des collines dessine le paysage actuel... Passée la guerre de 1914, pendant laquelle les femmes s’ingénient encore à faire paître quelques chèvres, Curis s’achemine peu à peu vers la banlieue résidentielle...


A la Trolanderie, la mairie-école (reconstruite dans les années 1950) est agrandie en 1995 tandis que le projet «centre-village», pour remplacer la dernière épicerie-café, est à l’origine de la construction d’une halle commerciale , création rustique de l’architecte C. Miguet (1999).



Halle commerciale

*Neuville de Villeroy (famille de), marchands de poissons venus à Paris et qui, gravitant dans l’entourage royal, accédèrent à la noblesse au XVIème siècle grâce à des charges publiques. Charles, épousant la fille du gouverneur du Lyonnais, hérite de cette fonction qu’il transmet à son fils Nicolas, lequel l’abandonne à son frère Camille. Cumulant bientôt pouvoir politique et religieux en tant qu’archevêque, ce dernier devint selon la formule de Saint-Simon, «le seul roi de Lyon, le prévôt n’étant plus que son vice-roi».