DE LA FORTERESSE MÉDIÉVALE À LA MAISON DE PLAISANCE



Au creux du vallon, on ne peut soupçonner l’existence du château, acteur majeur de l’histoire curissoise. Il faut grimper à Beyrion pour voir ses tourelles altières percer l’épaisseur du parc sur fond de rocher fauve. Et il a encore «grand air malgré sa tristesse», comme le constatait Vingtrinier* en 1880...


Dressé sur un plateau commandant la vallée, l’édifice présente au nord une façade homogène aux percements réduits, à l’image de la silhouette compacte des manoirs fortifiés des XIVème et XVème siècles dans lesquels tours et construction sont soudées en un bloc. Du XIIIème siècle, il conserve un plan en pentagone doté sur trois angles de tours cylindriques (autrefois reliées au sud par un mur d’enceinte).








Au XVIème siècle, les impératifs militaires s’estompent. Châteaux comme hôtels urbains se prolongent et s’ouvrent sur une cour à galeries, logée ici au droit de l’entrée nord et dont le couloir voûté porte des croisées d’ogive. En 1645, on trouve un ensemble hétéroclite de salles et chambres hautes et basses, comprenant «celliers, sommeilleries (gardes-manger), fruictiers, cuysines, grange, fournil, cabinetz, galleries, escuiries… trois tours, trois tines (cuves), un pressoir à vis, jardin, verger et garenne…», tel qu’énumérés dans l’acte de vente du château à L. de Veuhe. Ce dernier, devenu prévôt et comte de Chevrières, reste célèbre dans les annales lyonnaises pour avoir fait bâtonner le receveur Lanchenu (seigneur de la Barollière à Limonest). Par la suite, en 1677, sa fille aliène le château à Louis Bay qui, décédé en 1720 dans son hôtel de Bellecour, laisse l’une des plus riches collections de peinture du temps (des Rubens, un Tintoret...), inventoriée par le peintre D. Sarrabat. Ce dernier est à l’origine de cinq toiles réalisées pour la chapelle du château, encore présentes en 1823.




*Vingtrinier (A.), imprimeur, historien et bibliothécaire, auteur du Lyon de nos pères.