Sur la montagne, de l’Ermitage au Thou


Offrant «tous les charmes d’un voyage en montagne» selon Josse, ces crêtes qui «permettent d’embrasser des horizons grandioses» étaient couvertes de forêts giboyeuses au XVIème siècle, à l’époque du pelletier (fourreur) Muris, avant que les terres ne soient défrichées. «Nul n’est vraiment lyonnais s’il ne visite l’ermitage», assure M. Varille qui recommandait pour aller au mont Cindre de laisser la nouvelle route pour traverser les vignes, en empruntant le raide Grimpillon. Aussi, la chapelle Sainte Marie, mentionnée dans les biens de l’Eglise dès le XIIème siècle, est-elle le type parfait de la chapelle de pèlerinage où il faut peiner pour honorer la Vierge. Officiellement fondé en 1341 par frère Henry de l’Ile-Barbe, l’ermitage gagnera sa célébrité au XVIIème siècle grâce à la sainteté de ses occupants, parmi lesquels J-J. Fouque, frère naturel d’Henri IV puis J. Bocchard, qui fit restaurer les bâtiments en 1673 par le maçon Manissier. Le porche est décoré en 1952 par le Saint-Cyrot Touchagues* d’une peinture naïve, véritable portrait des habitants dans leurs activités quotidiennes, comme «la Rosette» du Mont Thou descendant au village vendre ses fromages... En 1875, le frère Damidot, l’un de ces nouveaux gardiens-ermites mis en place après la Révolution et sorte de facteur Cheval local, métamorphose le jardin en un singulier dédale de rocailles, grottes, niches abritant ossements et statues de Saints. Après avoir conquis l’écrivain Huysmans, Damidot aurait fait un émule en la personne du jardinier Nesme à qui l’on doit la tour torsadée, à l’arrière...



Chapelle Sainte Marie







La nouvelle route en corniche créée dans les années 1960 permet de rejoindre le Mont Thou où un parking prochainement aménagé préservera la vaste pelouse. La superposition des couches a donné une source au sommet d’une montagne. A voir sa forme, le mont pourrait tirer son nom du gaulois tullo (enflé), désignant une éminence. Mais le Thou est aussi le ruisseau qui naît sous la montagne et remonte peut-être à un très ancien radical hydronymique tel, ayant donné Telo, dieu des eaux naissantes si sacralisées par les Celtes. Enfin, un thou, en franco-provençal, désigne une canalisation.


Au sud, à Pelocey (dont le Lyonnais «pelosse» (prunelle) conserve l’appellation gauloise) et autour du petit hameau du Thou, cabornes et murets (comme au colossal «clos de la Rosette»), attestent la patiente colonisation agraire du XVIIIème siècle.


*Touchagues (L.F.), (1893-1974), peintre du bonheur et de la fête, quitte Saint-Cyr après ses études aux Beaux-Arts de Lyon pour Paris où, célébrité du Montparnasse des années 1920, il expose avec Duffy et M. Laurencin. Décorateur de théâtre et costumier primé, il excellera à croquer la figure humaine et exposera dans le monde entier. Son village natal lui a dédié une rue, inaugurée en 1970 puis une exposition.