Après Couzon, c’est ici que les artisans lyonnais investissent le plus en terres et surtout en vignes. Le Vaillant de 1388 (livre de la taille payée par les bourgeois) recense une douzaine d’exploitations d’un seul tenant, avec pressoir, colombier ou moulin. En revanche, les tenures paysannes (unités d’exploitation féodale), déjà en 1330, montrent un incroyable émiettement des parcelles viticoles. S’ajoute un dense réseau de ruisseaux et canaux qu’il faut entretenir et partager. Les ruisseaux de Pissoles, Coters et Thizy (des Charbottes actuellement), font tourner le moulin de Lecheria et Nicholay signale ces «belles fontaines à Messieurs de Saint Jean» dont les prises d’eau sont soumises au cens.


D’abord menée de manière «directe» par le seigneur, l’exploitation de la pierre se développe, souvent complémentairement à la viticulture. Saint-Cyr, riche de deux sortes de calcaire (le jaune et le gris), est bien «la reine des carrières» selon M. Garnier*, qui souligne le rôle majeur de cette activité dans «le grand brassage multiséculaire» du terrain. En 1567, les habitants, protestant contre l’inégale répartition de la dîme, font valoir «un pays (...) abondant plus de grands rochers et montaignes infructueuses que de terres de rapport». Dès lors grandit la renommée du calcaire coquiller poli en «marbres mouchetez & entresemez de larmes (...) tirés des plus belles carrières de tout le Lyonnais» (N. de Nicholay). La solidité de ce matériau confèrera à la construction urbaine jusqu’au XIXème siècle le qualificatif de «lourde et puissante» (H. Herriot)...



«la reine des carrières»

Fin XVIème siècle, tandis que les maisons en pierre se répandent en ville, l’emprise bourgeoise s’accentue à la campagne avec la multiplication de vastes propriétés de rapport. On dénombre une trentaine de ces «clos» dispensés de la taille, dont le plus important est le Clos Saint-Benoît. A la veille de la Révolution, parmi les 1450 habitants, on trouve un boucher, un boulanger, des cordonniers, et même une sage-femme et un maître chirurgien. Précieux témoignage de ces années, le Journal du curé Ranchon raconte la dureté du temps, comme la crise de 1770 qui, malgré l’Aumône Générale créée au XVIème siècle, réduisit à la famine et à la mendicité cinquante familles de manouvriers travaillant aux carrières et aux vignes. S’inspirant du curé de Saint Genis Laval, Ranchon intente un procès en 1759 au chapitre pour récupérer les dîmes sur les nouvelles terres défrichées (près de 80 hectares)...


Au XIXème siècle, la commune est si prospère que Collonges plaide pour le transfert du chef-lieu de canton de Limonest à Saint-Cyr... Adoptant sa physionomie actuelle, elle bénéficie alors «de belles manufactures d’indiennes, d’une pharmacie, de médecins et d’auberges». A. Falsan* s’enthousiasme : «les routes se créent… les églises se construisent, les écoles se multiplient… la pureté de l’air, la salubrité des eaux et le travail agricole contribuent à maintenir chez les habitants un état de santé florissant». Banquiers et soyeux du Second Empire bâtissent de nouveaux châteaux cernés de grands parcs, œuvres des paysagistes Luizet d’Ecully pour la plupart. A la charnière du XXème siècle, la disparition des deux grandes activités traditionnelles fait peu à peu basculer le pays dans le rang des banlieues résidentielles. Ainsi s’épanouit dans les années 1970 une série de blanches et lumineuses constructions dans les vallons...


*Garnier (M.), auteur de Carriers et carrières dans le Mont d’Or lyonnais (Tome I : De l’extraction de la pierre à la transfiguration des sites, Tome II : De la pierre des Carrières aux ouvrages pour les hommes et pour les eaux, Tome III : La civilisation du symbole : de la pierre terrestre à l’édifice céleste).
*Falsan (A.) - (1833-1902), fils de commerçant qui publia en 1866 avec l’ingénieur Locard une incontournable «Monographie géologique du Mont d’Or» répertoriant les sites où ont été trouvés de nombreux couteaux et haches de pierre.