Appelées encore manses ou mas, la plupart de ces localités tirent leur nom d’un patronyme (ou vice-versa), les parcelles de chaque famille se dispersant au fur et à mesure des successions. A la Ferlatière qui regroupe une quinzaine de bâtisses, J. Ferlat reconnaît en 1393 une prise d’eau pratiquée sur le ruisseau du Pomet pour arroser son pré. A la Chabouderia, J. Chabod, paysan aisé, déclare lui, une habitation avec sa propre voie d’accès près de la fontaine de Murissius (Le Méruzin). Quant à la Vollateria (la Voutillère), elle rassemble une dizaine de maisons autour d’une fontaine...


Dans ce même vallon, une bonne dizaine de moulins tournent au fil de l’eau, dont la plupart ont été mis en place dès le XIIème siècle par les puissants chapitres et abbayes qui avaient droit de ban (obligation pour les paysans d’utiliser ces équipements contre un pourcentage de mouture). Leur nombre demeure stable jusqu’au XIXème siècle, avant que ne s’arrêtent «leurs grandes roues moussues, leurs cascatelles écumeuses, leur bruyant tic-tac» (Raverat*). L’un d’eux, dit «le moulin de l’archevêque» et que F. Rolland avait remanié pour en faire son logis, est acheté en 1520 par le marchand J. Camus. Ses héritiers le cèderont, un siècle plus tard, à Horace Cardon* qui lèguera son nom au château actuel et au vallon immortalisé par J.J. Rousseau...




Hameau de la Ferlatière

Ancien moulin de Richerand

Ce qualificatif de «château» surprend l’étranger «qui croit y deviner une intention présomptueuse», souligne Josse, lui préférant le terme de «villa». M. Garnier, lui, le fait dériver du mot «castellum», désignant puits et citernes en latin, que l’on trouvait au rez de chaussée de nombreuses maisons du pays. Au XVIIIème siècle, selon Littré, le terme s’applique aux demeures de maître, ces grosses bâtisses de plaisance nombreuses à Saint-Didier et utilisant d’importants systèmes d’adduction d’eau, inspirés du dispositif des tours-escaliers, spécificité transalpine très développée à Lyon dès le XVIème siècle. Ces «châteaux» sont souvent érigés sur d’anciens fiefs et maisons fortes par les grands marchands lyonnais de l’industrie de la soie comme les Sève*, Broquin, avides de prestige et de revenus...


Sous l’Ancien Régime, dans ce «bon paîs à bledz et vins» dit Nicholay, la chasse reste privilège du seigneur haut justicier. Ainsi, le chapitre Saint-Jean intente des procès aux contrevenants, comme en 1637, contre P. Robier, dit «Tartarin», accusé avec d’autres laboureurs armés d’arquebuses de chasser sur les terres d’autrui. En 1761, on apprend aussi qu’à la Voutillère, trois chasseurs tuèrent une louve avant de se disputer âprement sa peau ! Ce droit, si précieux pour une population de cultivateurs (421 sur 1450 habitants en 1791) sera pourtant acquis en 1789.


*Les Sève, prestigieuse famille consulaire d’origine piémontaise dont le plus ancien membre connu est Jehan, notaire à Chasselay et grand père du célèbre Maurice, humaniste. On remarque Benoît, échevin en 1562, Jacques, seigneur de Fromente en 1587 à qui succède Jean, rallié à Henri IV et bâtisseur du château-temple de Fléchères en 1606; pour les arcades de l’hôpital de la Charité, il fait appel à P.Thève de Saint-Fortunat. Mathieu, échevin avec Cardon puis Pierre en 1659 toujours seigneur de Saint-André et Fromente.
*Raverat, baron Achille, auteur des ouvrages Autour de Lyon, excursions pittoresques et artistiques dans le Lyonnais, le Beaujolais et le Forez et de Excursion en chemin de fer dans le Bourbonnais.
*Cardon (Horace) : Libraire et imprimeur dont la famille venu de Lucques (Italie) se fixa à Lyon au XVIème siècle. Echevin en 1609, il finança en partie la construction de l’hôpital de la Charité et un puits rue Mercière où il avait son hôtel (sauvé en 1980 de la destruction). Après avoir soutenu Henri IV contre la ligue, il se vit accorder la noblesse par le roi, sans dérogation.