En remontant le vallon de Rochecardon jusqu’à Fromente


A Rochecardon, porte du massif, se rejoignent deux grands vallons : celui des Rivières où coule le ruisseau de Limonest grossi de ses affluents venus de Fromente, du Pinet et de Saint-André, et celui du Pommet lui-même grossi de l’Arche.



Château de Rochecardon

Ces lieux racontent les vicissitudes d’un moulin-château et du «Barbizon lyonnais»... «Depuis Rousseau, qui ne connaît Rochecardon !», s’exclamait Vingtrinier, déplorant la popularité d’un endroit envahi par les guinguettes et ayant perdu tout son mystère... En 1620, H. Cardon, après avoir acquis le fief de la Roche (englobant la Dargoire et le Roset), réaménage le vieux moulin et l’agrandit. Il formait un vaste domaine avec les communs, à droite. Restent la chapelle, un beau bassin et une longue allée de platanes, vestiges de ces jardins égayés de statues et jets d’eau... Au confluent des rivières, un grand étang bordé de peupliers constituait l’écluse de plusieurs moulins en aval, dont on vient d’exhumer une meule. Cerné de bois dominant les rochers, l’ensemble composait un paysage très romantique, mis à la mode par J.J. Rousseau qui fut hébergé en 1770 dans le pigeonnier juste en face. A ses pieds sourdait la célèbresource aménagée en nymphée (aménagement autour de l’eau) et baptisée «Albertine», du nom du musicien de François Ier accompagnant la suite royale. Au début du XIXème siècle, à la suite de leur maître Grobon, professeur à l’école des Beaux Arts de Lyon, les jeunes paysagistes lyonnais n’ont cessé de s’inspirer de ce site fameux avant qu’il ne soit colonisé par la colossale cheminée d’un moulin à vapeur. Le pigeonnier, menacé par le périphérique, a pu être sauvé et l’aménagement actuel nous permet de voir les ruisseaux «couler sur l’herbe et les cailloux» (Raverat). Quant au château, il renaît sous les soins d’un propriétaire passionné, exhumant fresques et cheminées de pierre.



Le pont d’Arche




Jadis, une floraison de moulins jalonnait le vallon. Attestés dès le Moyen Age pour la plupart, ils fonctionnaient à l’aide de grandes écluses alimentées par des biefs. Celui du David, signalé en 1790 selon Ph. Camous, devint un moulinage avec sa retenue dite «le lac David». Au bas du chemin du Postier se trouvait également le vénérable moulin de Turretet, déjà disparu au XVIIIème siècle, contrairement à celui du Basset, dont on voit encore l’écluse enfouie dans la végétation.



Au carrefour avec le chemin de la Chevrotière se dressait autrefois le gigantesque pont-siphon de l’aqueduc, avec sa douzaine d’arches de 17 m de haut sur 100 m de long, rejoignant Champagne au Bidon. Par le chemin des Combes ou le pittoresque chemin du Postier (qu’empruntait ce dernier quand il allait chercher le courrier à Champagne), on remonte le vallon de Fromente sur lequel donne au couchant la longue façade de la Ronflarde, ancienne grande propriété ayant abrité des moines. Renfermant des peintures religieuses, elle a été encadrée de ses deux pavillons carrés par L.A. Mouterde en 1850.


Le hameau du Morateur aligne ses trois croix le long des maisons ainsi qu’une série de puitssur des galeries de captage. Selon la légende, son nom viendrait des «muratori», maçons italiens venus au XVIème siècle, mais l’on repère dès 1285 la mention «Mont Ratur» (M. Garnier).




Puits du Morateur

Façades chemin du Vieux Bourg

Au-dessus, le vieux bourg doit sa quiétude à l’aménagement du contournement vers Champagne. Autrefois, les habitations se pressaient autour des murs épais de l’église-forte dont le chemin du Vieux Bourg emprunte le tracé tout en trahissant, avec ses basses ouvertures, d’anciennes boutiques. La petite place L. Perrat où s’ouvrait l’ancienne mairie demeura longtemps le cœur du village...


Dominant le bourg, le château de Fromente, dont l’origine remonte peut-être au Xème siècle (lorsque les chanoines de Saint-Jean et l’archevêque se partagèrent le pays) conserve une partie de ses remparts médiévaux et deux grosses tours arasées dont celle chemin du Grapillon, dite «des Templiers» (deux d’entre eux s’y seraient cachés). On rencontre plus loin une bretêche et des archères cruciformes en remploi qui proviendraient de l’ancienne église. Au XVIème siècle, la demeure, résidence des Sève, puissante famille consulaire, est agrandie d’une aile sud dotée d’une galerie ouvrant sur la cour. Un dernier bâtiment, coiffé d’un toit à balustrade et rénové en 1880 après un incendie, s’ouvre sur le somptueux parc. En 1654, H. d’André obtenait du chapitre un abnevis (concession) des eaux fluant de Poleymieux à l’église et le long du clos Ballet pour irriguer son bassin. Dans les années 1900, C. Roche de la Rigodière, passionné de roses, fit appel aux Luizet, paysagistes d’Ecully, pour redessiner le parc tout en y diversifiant les essences. La famille Blanc fit de même au Castellard, domaine créé aux dépends de Fromente au XIXème siècle et maintenant loti...