En abordant Saint-Fortunat par la rue G. Péri, on comprend mieux comment s’est structurée cette agglomération, qui ne parvint jamais à acquérir le statut de paroisse indépendante. Ce lieu est l’un des rares à avoir conservé la physionomie propre aux vieux villages du pays taraudés par les carrières. On y comptait une dizaine de maisons au XVème siècle, une quinzaine au XVIIIème, avec boulanger et cordonnier.
Le pic des carriers s’attaquait d’abord à la paroi Ouest puis à l’Est. Avec ses maisons perchées en grappes à la cime le long de l’unique rue, l’ensemble compose un paysage exceptionnel, d’où l’on a la sensation de survoler Lyon. Chemin des Gorges, il ne subsiste plus qu’un seul de ces chemins de carriers soutenus par des arcades et qui primitivement, reposaient sur de gigantesques piliers de pierre réservés dans la roche, donnant à Josse «l’impression d’une ruine babylonienne»...

Alors qu’Ogier apprécie le «bruit de travail et de bonheur» des marteaux, Raverat est incommodé par «le grincement de la grue qui enlève d’énormes blocs des entrailles de la terre». Même la chapelle, dont on admire le gracieux portail ogival et où l’on venait en pèlerinage implorer le Saint évêque pour qu’il guérisse les enfants, n’est selon lui qu’un vieil oratoire délaissé par les fidèles... Josse, lui, préfère largement aux nouveaux édifices «d’un gothique douteux», ces vieilles églises campagnardes qui «tiennent au sol (…) comme une floraison naturelle» et, ici tout particulièrement, l’abside polygonale éclairée de ses fenêtres ogivales à lancette (décor gothique élancé). Au sol, les pierres tombales racontent en images l’histoire des artisans enterrés là : équerre et compas pour les tailleurs de pierre, goyarde et triandine pour les vignerons, enclume et pince pour le forgeron... Rue V. Hugo, d’autres signes compagnonniques tels que cœur, triangle, carré, émaillent les pierres. Au N° 26, trois bas-reliefs représentant trois stations de chemin de croix sont les rescapés d’un ouvrage sculpté par A. Buy en 1779.
A Giverdy, dont la gorge était alimentée en eau au Moyen Age, l’affleurement des marnes surmontant le calcaire à gryphée produisait d’excellents pâturages. Les communaux garnissaient les pentes du mont Laroche et l’on trouvait des carrières dès cette époque, sous le cabaret du père Bœuf, ancêtre des «Montagnards» (surnoms des habitants de Saint-Fortunat). Sur les pentes du mont Narcel, Roux et Chazot répertorient aux Essarts en 1936 une agglomération de 125 cabornes qu’ils qualifiaient de «village gaulois». Mais il semble que celles-ci soient plutôt l’œuvre de défricheurs élevant de médiocres troupeaux d’ovins...
