«Curieux village» s’étonnait Raverat, «on dirait qu’il ne s’y trouve pas une seule maison de paysans, que ses habitants sont tous bourgeois tant il est propre et soigné, les rues lavées et rafraîchies par les eaux courantes de la Font Chalin qui vient ensuite fertiliser le jardin dont chaque maison est accompagnée». L’atomisation du parcellaire est à l’image de la société villageoise de l’époque, composée d’une foule de petits vignerons supplantant les grands propriétaires. Difficile alors de distinguer, derrière l’alignement de porches, maisons paysannes et demeures bourgeoises, comme celle qu’occupait J.B. Brunet en 1783 au quartier de Buyat. Jouxtant le logement du métayer, les bâtiments d’exploitation et plusieurs cours, ce domaine recouvrait 10 parcelles du terrier de 1683 avant d’être éventré par la rue du 8 Mai.
Jusqu’en 1856, la place devant l’église, bordée par la mairie et agrandie aux dépens des remparts, constituait l’unique lieu de rencontre. On perça ensuite la rue du 8 Mai 45 qui concentra autour d’elle les constructions nouvelles, tandis que la place Julie Ampère était aménagée à l’emplacement de la vaste écluse du premier moulin. En son centre, on remarque une élégante fontaine en pierre de Villebois...


La rue du Lavoir conduit à celui qui fut en son temps un glorieux exemplaire de ces «sanctuaires de la propreté», avec ses deux girouettes flammées pointant sur un toit bourguignon. On sait qu’au début du XIXème siècle, la propriétaire du château de la Combe concéda à la commune la moitié du débit d’eau de ses moulins pour l’approvisionner. Depuis, il a fait l’objet de plusieurs reconstructions.

Plus loin, la rue du Lurin aligne ses grands porches à l’est, rappelant qu’en 1783, tout ce côté était bâti et portait le nom de Verchères (terres fumées proches des maisons).
A l’angle du chemin du Tilleul, on remarque une belle maison dans le style du XIXème siècle, ancien préventorium (maison de repos), ornée d’une statue de la Vierge, à l’image de celle qui surmonte le Sacré-Cœur, offert en 1921 par C. Massu en gage de protection.


En face, une niche abrite l’ancienne fontaine de Chalin qui a perdu son abreuvoir à chevaux, tandis que le passage du même nom longe le ruisseau enjambé par des arcades soutenant les maisons. A cet endroit, les terriers énuméraient les chenevières (terrains à chanvre) longeant un riu ou gorge, comme celui d’E. Martin, perreyeur (carrier).


A l’angle de la montée des Carrières, une maison arbore sur son linteau d’entrée une étoile à 5 branches, symbole de bienvenue et de lumière souvent utilisé par les tailleurs de pierre. Elle appartenait en 1683 à F. Anglade, lequel obtint la commande du portail sud du cloître de Saint-Pierre, actuel Musée des Beaux-Arts de Lyon. Un siècle plus tard, J.B. Anglade déclarait «terre, vigne et perrière joints ensemble au territoire des Perrières»... C’était en effet le fief des carriers, dit aussi «des Farges de Charlins», rappelant la présence d’une forge attestée au XVIIème siècle et qui, depuis l’époque féodale, dispensait le seul éclairage public du bourg...

«On traverse les crases (ravins) sur des ponts donnant passage aux chemins desservant les carrières» écrivait Vingtrinier. Délivrer à chaque exploitant une desserte propre à ses activités, sans entraver l’accès aux vignes : voilà sans doute ce qui a motivé tout ce système de voûtes et de ponts, encore visible aujourd’hui et sous lequel passaient jadis les lourdes charrettes de pierres...