AU PAYS DES SOURCES ANTIQUES


Dans une vaste prairie en creux du vallon, là où se perd le chemin de Gorgerat dégringolant des bois du Mont Cindre, jaillit une source qui s'échappe en ruisseau. Là, enfouies sous la végétation, se cachent deux citernes. Le bassin supérieur, dont l'entrée est grillagée, est précisément un puits de descente sur la galerie s'enfonçant dans la colline. Il inclut dans sa maçonnerie en moellons de calcaire jaune, un placage de tegulae (tuiles plates romaines) et du mortier de tuileaux (mélange de chaux, sable et briques concassées).

L'aqueduc, semble-t-il, franchissait la vallée plus bas au moyen d'un pont-canal, porté par un mur allégé par des arches, comme le suggère fortement le nom du lieu, le Vallon d'Arche. Au-dessus, à flanc de colline, un chapelet de cabornes, ces petites cabanes de pierre sèche qui ont abrité carriers, vignerons ou bûcherons, ont pu bénéficier de l'eau dispensée par l'aqueduc, reconverti en canal d'irrigation. C'est à Saint-Romain que la tradition orale perpétue le souvenir des «caborniers» dont le dernier a disparu vers 1920...

Plus bas, longeant le ruisseau de l'Arche, on rencontre la ferme de la Vallée, remarquable exemplaire d'architecture paysanne du XVIIème siècle, bâtie sur le modèle des fermes-forteresses à cour fermée des Monts du Lyonnais. Elle offre au Sud un double rang de galeries aux garde-corps en bois sculptés, dallées comme la cour avec de grandes pierres plates grises dites cadettes (à Lyon) ou luzes (dans le Mont d'Or). Les communs (étables, écuries et grange), se répartissent symétriquement autour du corps de logis central réservé à l'habitation, auquel on accède par un escalier d'angle. Le vaste rez-de-chaussée était voué à la vinification, tandis qu'au dernier étage, on faisait sécher le maïs et les noix. On sait qu'une vingtaine de noyers suffisaient à produire l'huile pour éclairer une ferme.


Ferme de la Valée
 

La source de Chavant, au-dessus du petit cimetière , devait sans doute alimenter l'aqueduc dont le canal, soutenu par un hérisson (matelas de pierres sèches), a été coupé par le chemin du Petit Mont Cindre. Dans la grande boucle, des vestiges plus récents, ceux des rails de voie ferrée conduisant les wagonnets, rappellent l'existence de l'ancienne mine de fer. Plus loin dans les bois, on foule les argiles rouges du toarcien (entre 180 et 187 millions d'années) qui ont alimenté la carrière de marne, fermée en 1914.

La source de Chanelette approvisionne une fontaine, donnant toute sa fraîcheur au vallon du Pinay. Il s'agit d'un thou (galerie murée laissant sortir un tuyau, donnant un écoulement continu). Pendant longtemps, elle fut dite de Salagon, nom conservé par le hameau perdu au bout du chemin. En 1762, ces lieux furent marqués par une querelle (comme il en existait beaucoup à cette époque) entre un teinturier et des laboureurs, au sujet de l'utilisation de l'eau de la fontaine...
Au-dessus, menant aux anciens fronts de taille, les chemins bordés de murets sillonnent la montagne et l'on peut soudain rencontrer l'un de ces surprenants tunnels, nommés charroirs, dont le seigneur abnevisait l'usage (l'abnevis étant un bail en censive, le cens étant une redevance payée par le détenteur d'un bien au seigneur).

Dans le village, la source de la Conche (signifiant, en patois lyonnais : pierre grise creusée et réceptacle sous l'évier), sourd le long du château de la Bessée, à l'entrée sud. A la fin du XIXème siècle, c'était une curiosité locale car le peuplier de la Liberté, planté en 1848 à côté de cette fontaine, avait grossi jusqu'à l'envelopper. L'eau semblait ainsi couler du tronc de l'arbre...

Juste au-dessous, on découvre la gracieuse fontaine de la Coquille, construite au début du XXème siècle et dont le trop plein, joint à celui de sa voisine et de toutes les autres, avait la fâcheuse tendance à transformer la rue principale en rivière (ce lieu était dénommé «du grand Rieu»).


Fontaine de Chanelette

Fontaine de la Coquille