UN BIJOU D'EGLISE


Dès le XIème siècle, se tisse sur les campagnes un dense réseau paroissial. C'est «le blanc manteau» des églises romanes, formant le noyau des villages dont il forge l'orgueil, le vivace «esprit de clocher», lui léguant souvent le nom du saint-patron. Sous la houlette du curé, les habitations se pressent tout autour, nouant de solides liens de voisinage que renforce une solidarité née de la gestion d'un même territoire (le finage), par des pratiques agraires communes comme les vendanges et les moissons.

L'édifice de l'église se signale par une abside demi-circulaire en cul-de-four, revêtue de lauses et coiffée d'une tour-lanterne de la fin du XIIème siècle. On remarque à la base des contreforts et au cintre des baies, la présence de gros blocs de calcaire blanc, contrastant sur l'ocre de la pierre locale. A Lyon, il était courant au Moyen-Age de remployer ces pierres, les choins du Bugey, pillées sur les bâtiments romains.

A l'époque gothique, on adjoint les deux chapelles latérales et au XVIIème siècle, la nef est agrandie. Sitôt franchi le porche campagnard, l'intérieur heureusement restauré est nimbé d'une chaude lumière. On remarque un curieux bénitier de calcaire gris, décoré du gril de Saint-Laurent, patron des tailleurs de pierre, encadré de ses principaux attributs (le pic et le compas), avec au-dessous, une petite vasque à hauteur des enfants. Une élégante rambarde d'esprit baroque, chef-d'œuvre de forgeron, délimite le choeur, tandis que deux puissants arcs brisés raccordent les chapelles latérales.

Au nord, la baie geminée emprisonne un joyau dont l'éclat et la préciosité, manifestes du gothique flamboyant, tranchent avec la simplicité de l'écrin roman. C'est un exceptionnel vitrail figurant l'annonciation, le plus célèbre étant celui offert par J. Cœur à la cathédrale de Bourges. Demeuré dans un excellent état de conservation, il est classé Monument Historique. Idéales pour garnir les hautes baies gothiques divisées en plusieurs lancettes, ces
"images de verre", composées d'une multitude de pièces encastrées dans des baguettes de plomb, ont connu leur apogée au XVème siècle...




Abside en lausses


Bénitier

Ici, la pureté du dessin s'allie à la symbolique des couleurs (le bleu du manteau de la Vierge, couleur royale, et la blancheur du lys, couleur liturgique), pour éclairer la gestuelle des deux personnages, entourés de flamboyants dais damassés. L'usage de l'or évoque les enluminures, la minutie des visages et des drapés, l'école flamande (un spécialiste a en effet décrypté le nom d'un maître hollandais : De Crasne) et l'ensemble, un donateur avisé.

Contrairement à celui de Saint-Fortunat, descendu dans un vallon, le cimetière jouxtant l'église est perché sur la colline, au milieu des prés, offrant, avec le buste du peintre Théodore Levigne, un panorama saisissant sur le val de Saône et une vue plongeante sur le village.


AVitrail de l'annonciation



Cimetière (tombe du peintre Théodore Levigne)